[By Le Blog] Le café du Jeudi avec Marc Schillaci

 

Le café du Jeudi by le Blog, l’interview d’une personnalité remarquable du digital qui vous éclaire sur ce secteur le temps d’un café !

Pour cette nouvelle édition, nous avons l’honneur d’avoir le témoignage de Marc Schillaci, fondateur et PDG d’Oxatis

“ Le SaaS, bien plus qu’une technologie, c’est avant tout une vision“

1. Quelles sont les grandes tendances qui ont modifié les usages dans l’écosystème digital ?

Je crois que le terme de modification n’est pas toujours le plus approprié, c’est bien plus que cela. À la vitesse où vont les choses, on ne parle plus seulement d’évolution, mais de révolution et de disruption. Disruption, ce terme est devenu à la mode, mais n’est pas toujours utilisé à sa juste valeur. Lorsque Jean-Marie Dru, le Président de TWA a inventé ce concept, il soulignait que la disruption doit défier les conventions établies et créer pour les entreprises et les consommateurs des visions nouvelles.

En ce sens, le SaaS rejoint l’approche disruptive et s’impose aujourd’hui comme une tendance de fond du Digital.  Le SaaS est à l’essence même d’un changement de paradigme concernant les usages. Derrière les termes software as a service, il y a une vision profondément novatrice : celle de privilégier l’usage, de donner aux utilisateurs le plus grand choix dans un environnement fonctionnel en perpétuelle évolution.

Les succès impressionnants de plates-formes comme Netflix ou Deezer parlent d’eux-mêmes. Nous sommes plus attachés à ce que nous apporte un outil, et donc à l’usage que nous en faisons, qu’à l’aspect matériel de l’outil, par ailleurs illusoire, car dans le numérique la notion même de matérialité tend vers l’obsolescence. Ce qui intéresse les usagers, c’est le résultat, la performance, le bénéfice, amenés par un outil.

Il en est de même pour les entreprises. La majorité des entreprises aux Etats-Unis utilise dorénavant le SaaS que cela soit pour leur gestion comptable, pour leurs outils marketing, ou pour faire de la vente en ligne.  Car l’un des intérêts du Saas est de libérer totalement les utilisateurs des contraintes techniques : pas d’installation, pas de surprise sur les mises à jour. Le SaaS se veut résolument évolutif, libre et sécurisé. 

Le terme SaaS était encore quasiment inconnu il y a quelques années en France, je me réjouis de le voir apparaître aujourd’hui aussi bien dans les grands titres de la presse, que dans le discours des entrepreneurs avisés. Quand on utilise Gmail, Office 365, Salesforce, ou un site e-commerce d’Oxatis nous sommes très souvent, sans même le savoir, des utilisateurs du SaaS.

Le SaaS, bien plus qu’une technologie, est avant tout une vision. Lorsqu’avec Marc Heurtaut nous avons co-fondé Oxatis, il y a maintenant plus de 17 ans, nous partagions cette vision.

La deuxième des grandes tendances concerne le traitement des données et l’intelligence artificielle.

L’incroyable prolifération des informations et des datas donne naissance à des nouveaux gisements de valeurs pour tous. Aujourd’hui le big data et l’intelligence artificielle font couler beaucoup d’encre. Ils intriguent et stimulent autant qu’ils questionnent et inquiètent. C’est normal car toutes les grandes évolutions ont toujours suscité de l’inquiétude et de la peur avant de devenir des évidences et des opportunités.

Si chaque médaille a inévitablement son revers, il ne faut pas perdre de vue que l’IA apportera des bénéfices considérables pour tous les usagers. Dans un futur très proche, nos enfants ne conduiront plus leur voiture et ne perdront plus de temps dans les files d’attentes. Tous ces progrès seront dus aux technologies permettant de traiter intelligemment les datas.

Et la vente en ligne n’est évidemment pas en reste, chez Oxatis nous travaillons prioritairement sur ce sujet. L’e-commerce de demain sera résolument intelligent. Nous proposons aujourd’hui des outils logiciels qui sont basés sur des algorithmes. Ils peuvent analyser de manière intelligente la gestion des flux produits sur les places de marché et sont même capables de faire un relevé des prix des concurrents et d’ajuster automatiquement les offres pour un alignement en temps réel.

Derrière tous ces progrès, je pense qu’il faut toujours garder à l’esprit que cette technologie doit fondamentalement être au service des usagers. En rendant les sites e-commerce « intelligents » l’objectif est de donner aux internautes ce qu’ils cherchent le plus rapidement et efficacement possible. La technologie, aussi complexe soit-elle de prime abord, doit s’effacer avec transparence pour laisser place à la simplicité et à l’intuitivité. L’intelligence artificielle sera totalement acceptée quand son usage deviendra naturel.  

2. Comment se réinventer dans la transition digitale ?

Que faut-il vraiment entendre par transition digitale ? On parle souvent de la transformation numérique des entreprises et les voies de la digitalisation sont variées : du Webmarketing en passant par le Phygital, Le big data, L’IA, jusqu’à l’industrie 4.0 et L’IOT… les chantiers sont nombreux à mettre en place pour les entreprises.

Pourtant, il y a un point commun dans tous ces chantiers, et à ce titre je rejoins Emmanuel Vivier, le Fondateur du Hub Institut, qui a écrit un ouvrage remarquable sur le sujet : le point commun est le Mindset partagé par les collaborateurs au sein de l’entreprise.

Pour se réinventer, être agile, il faut accepter de changer, de se remettre en question en permanence et être constamment tourné vers l’avenir. Pour se réinventer, il faut savoir sortir des tunnels mentaux. Et pour que toutes les entreprises puissent rentrer dans cette démarche, il faut que cette volonté de changement et cette appétence pour le numérique soit portée et incarnée avant tout par les équipes dirigeantes.

Le côté positif du digital est qu’il permet justement de se réinventer rapidement et de tenter la création de nouveaux modèles économiques. Les géants du Web ont élaboré des nouveaux modèles d’affaires en misant sur la technologie et l’intelligence collective. La bonne nouvelle, c’est que toutes les PME peuvent aussi tirer brillement leur épingle du jeu.

La grande question n’est plus alors de savoir comment se réinventer dans la transition digitale mais plutôt de voir comment une entreprise peut utiliser les nouveaux outils digitaux pour renforcer sa différenciation et produire de la valeur ajoutée.

Prenons l’exemple de Ficep, l’un des nombreux clients d’Oxatis. La société conçoit et construit des machines-outils utilisées dans les projets de constructions métalliques de très grande envergure. Le groupe Ficep est le leader mondial dans ce domaine et est présent dans le monde entier. Dans le cadre de sa transformation digitale, la filiale française souhaitait porter un projet novateur et a décidé de lancer un site de vente en ligne BtoB pour se positionner sur le marché des consommables pour machines-outils et les machines électroportatives professionnelles. La concurrence ne disposait pas de site et Ficep a pris une longueur d’avance significative sur ce marché en captant 40% des nouveaux clients grâce à son site. De 0% de nouveaux clients grâce au site e-commerce. 

3. Quels sont les défis dans le paiement numérique ?

C’est une question centrale dans l’e-commerce. Il existe des défis d’ordre technique et d’autres d’ordre réglementaire.

L’objectif étant de trouver l’équilibre entre la facilité avec laquelle le consommateur doit pouvoir payer et la sécurisation des données à cette étape cruciale du processus de commande.

Les succès du paiement en un clic ou du Guest checkout montre bien que le consommateur apprécie de pouvoir payer aussi facilement que rapidement. Pour autant, la nouvelle réglementation DSP2 qui doit être appliquée à partir de septembre 2019 fixe de nouvelles règles de notifications d’authentification forte du client pour renforcer la sécurisation des transactions en ligne.

Cette initiative est positive dans le sens où, dans la droite ligne de la RGPD, elle favorise la protection du consommateur et la limite des fraudes. Il s’agit donc de concilier l’expérience utilisateur avec les aspects réglementaires.

De notre côté, chez Oxatis, notre travail consiste à nous entourer des partenaires plus les fiables. Nous disposons de plus de 40 moyens de paiement en ligne et nous sommes intransigeants sur les aspects concernant la sécurité et la protection des données. C’est vrai que du côté de nos prestataires de gros challenges techniques restent à relever car l’authentification « forte » de  la DSP2 entend par exemple l’utilisation d’une authentification grâce aux capteurs biométriques sur les Smartphones. Le téléphone va donc devenir un outil prépondérant dans les dispositifs de paiement, ce qui est tout à fait normal compte tenu la place incontournable du mobile dans notre quotidien. Mais dans quelle mesure les autorités seront tolérantes pour les délais de mise en application ? Car tout le monde ne dispose pas encore des toutes dernières versions de Smartphones qui permettent une authentification avec empreintes digitales ou analyses rétiniennes.

4. Quels sont vos conseils pour un chef d’entreprise afin de mener à bien sa transition digitale ?

Bien évidemment le premier des conseils c’est d’y aller, il ne faut pas hésiter, il ne faut plus hésiter. Rattraper notre retard dans la transformation numérique devient une priorité sur le plan économique, social et politique.  Le dernier rapport de la BPI était évocateur à ce sujet : 87 % des dirigeants ne font pas de la transformation digitale une priorité stratégique pour l’entreprise, et 47 % d’entre eux estiment que l’impact du digital sur l’activité ne sera pas significative d’ici 5 ans…  À côté de ce constat, le rapport sur l’indice relatif à l’économie à la société numérique de 2018 montre que la France est seulement à la 16e place en Europe sur le classement des nations dont les entreprises sont les mieux digitalisées. Il y a donc un écart entre le niveau de prise de conscience des dirigeants français et l’importance que le digital a réellement aujourd’hui.

J’aime souvent à dire que la transformation digitale des entreprises a commencé bien avant que le terme soit lui-même employé. Dès les années 80, avec l’arrivée de l’ordinateur individuel nous étions déjà pleinement dans la transformation digitale. Lorsqu’une entreprise passait d’une comptabilité papier à l’informatique elle changeait littéralement de monde… Les gains de temps sont considérables, les tâches fastidieuses sont annulées avec les erreurs de saisies qui vont avec.

Le processus reste similaire aujourd’hui, mais la diversité et la complexité des outils peuvent rendre difficile les choix des entrepreneurs.

C’est à ce niveau que le chef d’entreprise doit subtilement savoir jouer sur les deux facettes de son tempérament : être à la fois un optimiste visionnaire mais également un réaliste pragmatique.

Le deuxième conseil, c’est donc que les entreprises fassent un bilan très méthodique de leurs besoins et des objectifs à court et moyen terme pour pouvoir prioriser le choix des différents outils digitaux.

L’erreur la plus fréquente, c’est de céder aux sirènes d’un outil disproportionné par rapport à l’usage que l’on en fait vis-à-vis des bénéfices que l’outil va effectivement apporter à la société. Pour le dire simplement, si vous avez une équipe de ventes de trois commerciaux, est-il réellement nécessaire d’installer SalesForce ?

La grande question est donc sur la priorisation des chantiers. Devez-vous implanter rapidement un dispositif SIRH, changer  la version de votre logiciel de gestion commerciale, mettre en place un dispositif de marketing automation, faire du big data pour optimiser la logistique et la supply chain, lancer un projet de vente en ligne ? Il existe quelques outils en ligne comme le digitalomètre de BPI France ou mondiagnosticnumerique.fr qui peuvent permettre de répondre à ces questions.

De mon côté, je reste très optimiste sur la capacité des entreprises françaises à pouvoir saisir les opportunités de la transformation numérique, s’il y a encore du retard, les choses avancent quand même dans le bon sens.

Je suis d’autant plus optimiste que parmi les différents leviers de croissance identifiés, la vente en ligne est en très bonne position. La majeure partie des entreprises et notamment celles qui s’adressent à leur marché en BtoB, adopteront massivement l’e-commerce d’ici cinq ans. Accompagner les entreprises dans cette transition réussie est pour nous une source d’inspiration quotidienne.


En supplément, une petite vidéo des locaux d’Oxatis, cliquez sur la vidéo : 

Moodboard de Marc Schillaci