[By le Blog] Le café du jeudi avec Paul Chollet

Le café du Jeudi by le Blog, le témoignage d’une personnalité de l’économie qui vous éclaire sur les tendances du marché, en France et à l’international, pour 2019 le temps d’un café !

Aujourd’hui, nous avons l’honneur d’accueillir le témoignage de Paul Chollet, Economiste Sénior de la Salle des Marchés du GroupeArkéa . 

 

Paul Chollet nous donne les tendances macro-économiques de la distribution spécialisée et du E-Commerce pour 2019 en quatre questions et nous dévoile sa personnalité à travers son Moodboard.

Merci à Paul Chollet pour ce témoignage !

  • Quelles sont les perspectives de croissance mondiale en 2019 ?

La croissance mondiale devrait décélérer légèrement en 2019 à 3,6% contre 3,7% en 2018. Toutefois, les risques d’un ralentissement plus marqué de l’économie sont nombreux. La communication agressive de Donald Trump, le Président américain, est évidemment un facteur d’incertitude, mais à l’aube de 2019, elle ne représente pas la seule source d’instabilité. En Europe, les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le 29 mars ne sont toujours pas connues et tous les scénarios sont possibles. Si la sortie était repoussée de quelques mois, les britanniques participeraient même aux élections du Parlement européen en mai. Ces dernières sont extrêmement incertaines et une montée des partis populistes est probable.

La dynamique de la dette inquiète également. Selon le Fond monétaire international (FMI), elle atteignait 225% du PIB fin 2017, contre 214% en 2009. Les pays avancés ont stabilisé leur niveau de dette depuis la crise financière de 2008, alors que les pays émergents ont continué à s’endetter. Si la faiblesse des taux d’intérêt a permis d’occulter le poids de la charge de la dette, le resserrement monétaire de la Banque centrale américaine et la stabilisation du bilan de la Banque centrale européenne rendent vulnérables les acteurs les plus endettés.

  • Quelles sont les perspectives pour l’activité en France ?

La croissance française serait stable en 2019 à 1,4% contre 1,5% en 2018. Nous nous attendons à ce que la consommation participe davantage à la croissance (0,7 point) qu’en 2018 (0,5 point). Elle sera favorisée par la baisse du prix du baril de pétrole (65$ en moyenne en 2019 contre 72$ en 2018) et par une hausse du pouvoir d’achat (+2,5% en 2019). Le taux de chômage continuerait de baisser (8,7% en 2019, contre 9,1% en décembre 2018), en raison des investissements des entreprises qui contribueront également à une augmentation des salaires à ce stade avancé du cycle économique. Outre ces hausses naturelles, la révision par le gouvernement de son plan de dépenses publiques pour 2019, à la suite du mouvement des gilets jaunes, bénéficierait à hauteur de 0,8 point de pourcentage au pouvoir d’achat des ménages.

Toutefois, une partie seulement de ce gain de pouvoir d’achat se transformera en surplus de consommation, car 2019 sera une année de réformes structurelles (retraites, assurance chômage, fonction publique) qui pourraient renforcer la dégradation de la confiance des ménages.

  • Quelle est votre prévision pour le e-commerce?

Le e-commerce continuera de progresser en 2019 de l’ordre de 10-15% comme en 2018 (14% selon la Fevad). Aux Etats-Unis, comme au Royaume-Uni, alors que ces marchés sont plus mûres qu’en France, les ventes sur internet continuent d’enregistrer des croissances à deux chiffres. Pour les entreprises traditionnelles, la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en réduction pérenne de cotisations patronales leur sera profitable. Dans le commerce, le taux de marge des entreprises, qui était de 30,6% au 4e trimestre 2018 selon Euler Hermes, pourrait rebondir de 1,5 point à 32,1% en 2019.

  • Quelle est la situation de la distribution spécialisée ?

La transformation de la distribution spécialisée est en route car les attentes du client sont fortes. Il se veut acteur de son parcours et a de multiples aspirations comme la recherche de valeurs (écologique, géographique…) et d’une expérience client optimale (technologique). En 2019, la croissance économique sera suffisante pour aider les distributeurs à se transformer. Néanmoins, comme en 2018, le différentiel de croissance avec l’année 2017 (2,3% de croissance de France en 2017 contre 1,5% en 2018) pèse sur le moral des chefs d’entreprise. En décembre 2018, selon l’Insee, le climat des affaires dans le commerce de détail s’est nettement dégradé à 97 (100 représentant la moyenne de longue période), et le commerce spécialisé en est l’image. En effet, la confiance des chefs d’entreprise dans l’évolution des ventes est dégradée (-20 en décembre 2018), au plus bas depuis octobre 2014.

  • Et dans le détail?

Dans le détail, le secteur de l’équipement du logement semble moins impacté par les craintes de ralentissement, les perspectives de vente s’étant seulement dégradées fin 2018. Notre scénario de croissance pour 2019, nous laisse finalement espérer un rebond des ventes.

De même, les perspectives du secteur de la culture et du loisir sont l’exact reflet de l’évolution de la confiance des ménages et de celle du pouvoir d’achat. En effet, la consommation de loisirs est forte en période de croissance, mais est rapidement ajustable en cas de retournement. La hausse du pouvoir d’achat en 2019 devrait donc permettre d’inverser la tendance actuelle.

Le secteur du tourisme devrait continuer de progresser. S’il suit en partie la même tendance que celui de la culture et du loisir, il dépend également de la conjoncture internationale et de l’attrait de la France. En 2018, selon le Quai d’Orsay, la France a accueilli près de 90 millions de touristes étrangers et l’objectif de 100 millions pour 2020 demeurerait atteignable. L’impact du mouvement des gilets jaunes est marginal, car il conduit surtout à des annulations de la part de touristes asiatiques, or 80% du tourisme international provient de nos voisins européens. 

Le secteur le plus à risque est celui de l’habillement. Dans ce secteur, si les défaillances ont baissé de 11% au troisième trimestre 2018 par rapport à 2017 selon Altares, il est à craindre que 2019 marque une nouvelle année difficile pour les acteurs traditionnels. D’ailleurs les tendances de ventes actuelles, comme anticipées, sont les plus dégradées. Autre facteur de tension, les stocks y sont plus élevés qu’ailleurs et les perspectives d’évolution des prix sont baissières pour 2019, ce qui impactera négativement les marges du secteur.

Enfin, le secteur de la distribution automobile pourrait lui entamer une nouvelle phase de consolidation. En effet, la croissance des ventes automobiles, si elle restera bien orientée selon nous (+1,5% en 2019), ne suffira pas pour que les distributeurs ne reprennent pas leur mouvement de consolidation entamé entre 2012 et 2014.

Le moodboard de Paul Chollet